Nous sommes le 12 janvier 2021 à l’aéroport de Montréal. Une vingtaine d’étudiants et étudiantes algériens sont refusés d’entrée et renvoyés du pays. Parmi eux, une douzaine sont refoulés non pas en Algérie, mais au Maroc, faute de vol pour leur pays d’origine. Ils passeront une semaine en zone de transit à l’aéroport de Casablanca, sans pouvoir sortir ni manger à leur faim.

« Vous venez ici, mais on sait que vous n’êtes pas venus étudier, c’est juste pour jouer », aurait dit un agent aux frontières à Islame, un étudiant arrivé fin décembre, mais qui a été rapatrié le 12 janvier avec les autres. « Ils nous ont maltraités à l’aéroport », témoigne-t-il. Les autres étudiants auraient eux aussi subi des comportements dégradants de la part des agents.

Les raisons des refus

Selon les informations de RCI, les étudiants algériens auraient été déportés pour plusieurs raisons : un but du voyage « suspicieux », un changement de programme, un manque de ressources financières et des problèmes de maîtrise du français ou de l’anglais. « L’agent peut refuser un étudiant s’il doute des intentions de l’étudiant ou si ses documents ne sont pas cohérents », justifie Coline Bellefleur, avocate spécialisée en droit de l’immigration.

Contactée par courriel, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a expliqué qu’elle « ne peut pas donner de commentaires sur des cas particuliers ». Précisant tout de même que les agents « examinent et prennent en considération les circonstances uniques de chaque voyageur, l’objet du voyage et les documents présentés au moment de l’entrée ».

Pour les étudiants et leurs proches, ces raisons ne sont pas justifiées ; ils affirment avoir eu leurs documents en règle. « Ils avaient l’argent, le test de français, tout ! », raconte Islame. L’un d’entre eux se faisait refouler pour la deuxième fois.

Entre le 22 mars 2020 et le 14 mars 2021, 511 voyageurs aériens provenant d’un autre pays ont été renvoyés pour des raisons de tourisme, de loisirs, de magasinage non essentiel ou autres. L’agence n’a pas fourni de renseignements plus spécifiques. Impossible de savoir si ces refus sont liés à la pandémie. « [En temps normal], c’est plus rare, car une présélection a déjà été faite lors de la demande de permis d’études », explique Mme Bellefleur.

Bonne foi et cohérence

Parmi les motifs de renvoi qui reviennent souvent, c’est l’intention du voyage. Le but du voyage doit se résumer aux études et mentionner son envie de rester travailler ou de s’installer au Canada peut entraîner un refus d’entrée. « Les gens pensent que c’est positif et qu’il faut être de bonne foi, mais on veut qu’ils prouvent qu’ils retourneront chez eux après leur diplôme », détaille-t-elle. Une logique « ironique » selon elle, car une fois leur diplôme en poche, les étudiants disposent d’une voie d’accès privilégiée pour travailler et demander la résidence permanente.

La bonne foi, c’est justement ce qui avait été recommandé à Islame. Il avait été accepté au baccalauréat en sciences politiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Une spécialiste en immigration lui aurait dit que changer de programme était faisable : il a ainsi choisi un diplôme d’études professionnelles ou DEP. « Je n’avais pas assez d’argent. Il fallait 30 000 $ pour un bac », explique-t-il.

En arrivant devant l’agent aux frontières, il ne veut pas mentir et avoue ce changement. L’agent lui répond qu’il ne peut pas entrer avec cette lettre et qu’il doit retourner chez lui. « Devant moi, d’autres étaient passés avec une admission au DEP », déplore le jeune homme. Le Canada était pour lui un rêve, mais cette tentative lui a coûté ses économies (en frais de logement, d’études et d’avocat) et sa motivation.

« C’était un mauvais conseil. Il faut demander un autre permis d’études pour son nouveau programme, surtout si on change de niveau », commente Coline Bellefleur, qui recommande d’avoir un discours et un plan d’études cohérents face à l’agent aux frontières.

D’où peut venir cette méfiance ?

Ces refus aux frontières reflètent de nombreux problèmes autour de l’immigration au Québec. Ils pourraient provenir d’une méfiance du gouvernement vis-à-vis de certaines escroqueries, selon une spécialiste en immigration qui souhaitait rester anonyme.

D’une part, les intermédiaires en immigration se multiplient et les informations contradictoires peuplent les réseaux sociaux. D’autre part, étudier au Québec est devenu une stratégie pour immigrer de façon permanente.

Pour éviter les frais de scolarité universitaire de 10 000 $ par an en moyenne, de plus en plus d’étudiants se dirigent vers les cégeps ou les écoles privées aux programmes plus courts et moins coûteux. Un intérêt qui a vite été utilisé par certains établissements pour recruter des étrangers en leur promettant l’accès à la résidence permanente.

« Maintenant, les agents du gouvernement sont plus regardants. On se méfie dès qu’on doute des moyens financiers ou de l’intention de revenir dans son pays », explique notre source anonyme. Un système qui permet d’expliquer en partie le refus des étudiants et étudiantes algériens en janvier dernier. Mais ce n’est pas la seule embûche qui pave leur quête d’immigration. C’est surtout au niveau des demandes de permis d’études que la difficulté est la plus grande.


Quelques conseils :

  • Vérifiez que votre intermédiaire est reconnu par le gouvernement
  • Avoir un plan d’études cohérent et lié à son parcours
  • Avoir un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ) et un permis d’études lié à sa lettre d’acceptation dans un établissement d’enseignement désigné
  • Démontrer son intention de repartir du Canada une fois son diplôme en poche

Journaliste indépendante, Marine a travaillé en France, au Liban et au Québec. Passionnée par les questions féministes, l’identité, l’intégration et les migrants, elle se plaît à défaire...