Abha Ghosh, qui a déménagé avec sa famille à Toronto en 2012, a inscrit sa fille cadette, Shayantika, dans une école d’immersion française à l’âge de 6 ans. Sa fille aînée, Nayanika, va a une école anglophone. À la maison, la famille parle le bengali et l’anglais. 

Bien qu’elle n’ait aucune connaissance du français, Mme Ghosh pense qu’en inscrivant son enfant dans une école d’immersion française, elle lui permet d’avoir un atout dans la vie.

« Les enfants sont habitués à apprendre plusieurs langues dès qu’ils sont très jeunes », explique-t-elle.

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Nayanika, 9e année (à gauche) et sa sœur Shayantika (à droite), 7e année. (Crédit : Abha Ghosh)

Abha n’est pas la seule à avoir cette opinion.

 Alors qu’un grand nombre de personnes non francophones immigrent au Canada chaque année, la demande d’écoles d’immersion française a augmenté, car les parents espèrent donner à leurs enfants davantage de possibilités dans la vie. 

Selon une recherche publiée par Canadian Parents for French, en seulement quatre ans, entre les années scolaires 2011-2012 et 2015-2016, il y a eu une augmentation de près de 20 % des élèves inscrits dans des programmes d’immersion française, passant d’environ 360 000 à 430 000 élèves.

Difficultés d’inscription

Cependant, bien que la demande d’immersion française en Ontario soit supérieure à l’offre,            « l’accès aux écoles francophones dépend trop du système de loterie », explique Abha à propos des difficultés rencontrées par les parents au moment de l’inscription. Sur la base des demandes reçues au cours de la première phase, toutes les classes d’immersion française de première année sont créées par le biais d’un système de loterie qui est soit randomisé numériquement, soit sélectionné sur la base des demandes admissibles. 

Cela veut dire que les élèves ayant un frère ou une sœur dans une école d’immersion française ont plus de chances d’obtenir une place, tandis qu’au  « bas » de la liste d’attente, suivant une longue série de critères, se trouvent les élèves résidant au-delà de la proximité de l’école.

Malgré tout, contrairement à sa sœur, Nayanika n’a pas pu obtenir une place dans une école d’immersion en français en raison du nombre limité de places et du nombre écrasant de candidatures. 

En outre, même si la connaissance du français fait partie des exigences de nombreuses demandes d’emploi, les candidats bilingues sont limités car le nombre de classes francophones n’a augmenté que légèrement, ce qui a laissé les parents aux prises avec des problèmes d’inscription et de transport. 

Pourtant, cela n’a pas découragé les nouveaux arrivants qui continuent à se mobiliser pour que leurs enfants obtiennent une place dans les écoles d’immersion française

Selon l’étude de Canadian Parents for French citée ci-dessus, en Ontario, les inscriptions aux programmes d’immersion en français augmentent de façon constante depuis près de 15 ans, à un taux moyen de cinq pour cent par an. Il faut noter que les programmes d’immersion française en Ontario sont facultatifs depuis leur création dans les années 1960.

Nasrin Akhter Jahan, originaire du Bangladesh, souhaitait également inscrire ses trois filles dans une école d’immersion française afin que ses enfants connaissent les deux langues officielles, ce qui  « pourrait les aider dans leur carrière ».

« Il est essentiel de penser à l’avenir des enfants », dit-elle, ajoutant que le Canada offre de nombreuses possibilités aux immigrants qualifiés qui maîtrisent à la fois l’anglais et le français, notamment dans les emplois gouvernementaux.

C’est une stratégie employée par de nombreux parents nouveaux arrivants.

Une nouvelle analyse du Recensement du Canada de 2016 rapporte que les personnes qui connaissent et utilisent les deux langues officielles du Canada au travail ont un salaire plus élevé que leurs homologues unilingues.

Une étude du Commissariat aux langues officielles publiée en 2019 confirme que de nombreux parents pensent que cette décision donnera à leurs enfants plus d’opportunités éducatives et professionnelles.

Des défis à relever

Selon Abha Ghosh, il est souvent difficile pour les parents non francophones d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs, c’est pourquoi ce sont souvent les frères et sœurs qui s’entraident pour apprendre la nouvelle langue.

Shayantika, qui est en septième année et parle relativement bien le français, aide parfois Nayanika, en neuvième année, à faire ses devoirs de français.

Or, « lorsque la pandémie a restreint les enfants à l’apprentissage en ligne à la maison, les enseignants ont été d’un grand soutien », explique Mme Ghosh.

Nasrin Akhter Jahan est d’accord : elle reconnaît l’importance des enseignants, qui sont conscients que les parents non francophones ont du mal à aider leurs enfants à faire leurs devoirs.

Malgré cela, en 2020, le Gouvernement de l’Ontario a reconnu qu’il n’y avait pas assez d’enseignants de langue française dans la province. 

Pour y répondre, le gouvernement s’est récemment engagé à investir dans une stratégie de recrutement et de rétention des enseignantes et enseignants francophones de 62 millions de dollars dans le cadre de leur Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023.

Mais est-ce suffisant pour répondre à la demande croissante des parents intéressés qui souhaitent inscrire leurs enfants dans les écoles françaises ?

Mme Jahan a deux filles et un garçon. Les deux plus jeunes fréquentent une école d’immersion en français tandis que la sœur aînée, Nayeema, a terminé ses études secondaires dans une école française élargie. Ce programme, qui commence en septième année, offre aux élèves un autre moyen d’apprendre la langue en proposant certaines matières en français. 

Si Nayeema a d’abord eu du mal à apprendre des matières comme les sciences et la géographie en français, le programme l’a aidée à acquérir une solide maîtrise de la langue.

« Aller à contre-courant est toujours difficile », dit Mme Jahan, faisant référence aux nombreux parents immigrés qui n’ont pas de connaissances du français et choisissent donc de ne pas inscrire leurs enfants dans des écoles d’immersion en français, de peur de ne pas pouvoir les aider. 

Mais d’après leurs expériences, Mme Ghosh et Mme Jahan sont sûres que les avantages des programmes d’immersion en français sont nombreux pour l’avenir de leurs enfants et l’emportent sur les difficultés.


Cet article a été réalisé dans le cadre du programme de mentorat de NCM et a été publié initialement en anglais. Conseillère : Joyeeta Ray. 

 

 

Giada Ferrucci est doctorante en Études des médias à l'Université Western. Elle est titulaire d'un baccalauréat en Développement économique et coopération internationale de l'université de Florence,...