La réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est entrée en vigueur le 22 juillet 2020, durant le premier mandat du gouvernement de François Legault. Historiquement, le PEQ est considéré comme une voie d’accès au Certificat de sélection du Québec (CSQ), passage obligé vers la résidence permanente. 

Réforme

Attendue par certains, sa réforme était décriée par d’autres et notamment par les principaux concernés : les travailleurs étrangers temporaires (TET) et les étudiants internationaux diplômés au Québec. Pour ces derniers, elle prévoit notamment un allongement des délais de traitement, portés de 20 jours ouvrables à six mois. Une expérience professionnelle post-diplôme allant de 12 à 18 mois, à temps plein et dans une catégorie d’emploi spécifique, est désormais requise pour déposer une demande de CSQ, demande devant être réalisée en occupant cet emploi. 

Avec cette réforme, les délais d’obtention de la résidence permanente, pour les diplômés, passent donc d’environ deux ans à la fin des études, et ce, avant la réforme, à un minimum de trois ans et demi, voire quatre ans et demi aujourd’hui. 

Sur les réseaux sociaux, les pages de soutien et d’échanges entre étudiants et travailleurs internationaux n’ont de cesse d’être alimentés par des questions sur le PEQ.

Déception

Gédéon, 25 ans, est de ceux que la réforme n’enchante pas. Venu s’installer dans la province pour étudier l’informatique en 2017, il déplore que la réforme ait été adoptée « après que nous [soyons] venu à l’université et que nous [ayons] déjà fait certain de nos plans ». 

D’après celui qui a, depuis, rejoint le marché du travail, les délais de traitement prolongés rendent difficiles les visites à sa famille, établies entre sa République démocratique du Congo d’origine et la Belgique. 

Un étudiant cherche un livre dans une bilbiothèque
Pour les étudiants internationaux diplômés au Québec, la réforme du PEQ prévoit un allongement des délais de traitement, portés de 20 jours ouvrables à six mois. Photo : Redd F/Unsplash

Les démarches administratives « longues » et « pas très encourageantes », Gédéon, qui a préféré taire son nom de famille, n’aurait pas pu les faire sans le réseau d’entraide dont il a bénéficié parmi les autres étudiants internationaux de l’université dans laquelle il a étudié. 

Il admet malgré tout que « ce qui est motivant au Québec, c’est le fait d’avoir pu trouver du travail rapidement ». Sa demande de CSQ a été déposée en janvier 2023 et il est toujours en attente d’une réponse. 

Des bâtons dans les roues

« J[e n’]aurais jamais réussi à avoir mon CSQ sans l’aide et l’orientation de mon conseiller au Carrefour [Jeunesse-Emploi] et à l’[Université du Québec à Chicoutimi] (UQAC) », affirme Rossana Granados Sosa, 25 ans. 

Après deux échanges étudiants au Saguenay, l’étudiante en économie et en administration décide d’opter pour une double diplomation entre l’UQAC et son université au Mexique. La pandémie de Covid-19 et la fermeture des frontières qu’elle entraîne la contraignent à poursuivre son cursus à distance, depuis son pays d’origine. Elle réussit finalement à rejoindre le Québec, obtient son diplôme et travaille durant un an et demi dans un domaine lié à ses études avant de déposer sa demande de CSQ. 

Deux refus plus tard, justifié par ses absences du territoire durant ses études, Rossana réussit finalement à faire entendre sa « situation exceptionnelle » à l’administration, grâce à une lettre que nous avons pu consulter. 

« Plus facile est ton parcours, moins de temps tu vas passer à attendre une réponse », croit celle qui a dû se battre pour faire valoir son admissibilité au PEQ. Si elle comprend les frustrations de certains étudiants et reconnaît que les délais sont longs et le processus difficile, Rossana juge que « ça a du sens qu’il faille travailler dans son domaine d’étude [afin d’être éligible au CSQ] », et donc à la résidence permanente. 

Quels avantages?

Pour comprendre l’objectif de cette réforme, il faut faire un voyage dans le temps. À l’époque, « beaucoup d’étudiants [internationaux] choisissaient des programmes courts qui sont admissibles au PEQ sans que ce soit quelque chose dans leur plan de carrière, mais dont le but était uniquement d’aller vers la [résidence permanente] », soutient Nadia Barrou, avocate en droit de l’immigration. 

En plus de lutter contre une « immigration déguisée », la réforme viserait, selon elle, à inciter les étudiants et travailleurs à se tourner vers le Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ) pour faire leur demande de CSQ.  « C’est un peu plus lourd comme processus », admet Me Barrou, mais il favorise l’installation des TET et, dans une moindre mesure, des étudiants internationaux, à l’extérieur des centres urbains. 

Une réforme « globalement positive », plaide l’avocate : « le bon résultat, c’est que les gens envisagent maintenant plus fréquemment d’aller s’établir en région », dit-elle, précisant que d’autres mesures visant la régionalisation de l’immigration ont été adoptées récemment. À compter de septembre 2023, certains étudiants internationaux seront exemptés des frais de scolarité supplémentaires, en fonction de leur programme d’étude et à condition qu’ils soient inscrits dans un établissement d’enseignement francophone à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal. 

À bout de souffle

D’après certaines rumeurs, Québec envisagerait d’assouplir à nouveau le PEQ, confie Nadia Barrou. 

Bien que ce serait un soulagement pour beaucoup d’étudiants internationaux, d’autres ont carrément renoncé à leur projet de vie dans la belle province. 

C’est le cas de Cyrielle Rongier Saint-Sulpice, 23 ans, qui a décidé de rentrer en France après l’obtention d’un baccalauréat en danse à l’Université du Québec à Montréal, même si elle avait en main un permis de travail postdiplôme qui lui aurait permis de travailler trois ans. 

« La charge mentale et psychologique de ne pas savoir si j’allais pouvoir rester au Québec, ça m’a vraiment démotivé de faire les démarches de résidence permanente [à commencer par le PEQ] », reconnaît celle qui a déjà fait face à de nombreux obstacles lorsqu’elle était encore en permis d’études. 

Bien que le PEQ ne soit pas l’idéal pour les étudiants internationaux ayant étudié dans les domaines des arts et de la culture comme la danse, puisque ces secteurs offrent peu d’emplois à temps plein, Cyrielle n’avait même pas entendu parler d’autres options pour rester au pays, pas même le PRTQ. 

« On n’est un peu laissés face à nous même, et quand on veut vraiment rester dans ce pays et qu’on l’aime, c’est frustrant en fait, parce qu’on ne se sent jamais vraiment à notre place. On est un peu laissés dans l’ignorance », se désole-t-elle à l’autre bout du fil, depuis Paris.


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Adèle Surprenant est journaliste indépendante. Elle a travaillé en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, et s’intéresse aux questions liées à la migration, au genre,...